À l'intérieur comme à l'extérieur de l'Église, saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) fut probablement le plus grand défenseur des chevaliers du Temple. Son histoire est essentielle pour comprendre cet ordre, mentionné dans le Da Vinci Code à la lumière de son asso- ciation avec le Saint-Graal.
Né en 1090 à Fontaine-les-Dijon, l'un des centres du culte de la Vierge noire, saint Bernard fut l'une des plus importantes figures spirituelles et politiques de la période médiévale. Sa famille était de petite noblesse, son père, chevalier et vassal du duc de Bourgogne. Bernard bénéficia d'une bonne éducation et manifesta très tôt une nature méditative et studieuse. En 1113, à vingt-trois ans, il rejoignit le petit monastère de Cîteaux, où il expérimenta les rigueurs de la règle cistercienne. Ses discours, qui exaltaient les vertus de la vie religieuse, étaient si éloquents qu'il fut bientôt rejoint au monastère par quatre de ses frères, son père veuf et trente de ses parents. À l'époque, on prétend que "les mères cachaient leurs fils, les épouses leurs maris, les compagnons leurs amis" pour éviter qu'ils ne soient convaincus de suivre Bernard au monastère. Le monastère de Cîteaux était très pauvre, et le mode de vie, austère entre ses murs - qualités propres à satisfaire Bernard, qui recherchait avant tout une existence simple et propice à la méditation. Il manifestait son humilité en prenant juste assez de nourriture et de repos pour ne pas défaillir. Sa réputation de piété et de simplicité se répandit rapidement, et, en 1115, il fut envoyé fonder le monastère de Clairvaux en Champagne, à la tête d'une troupe de moines. En quelques années, l'abbaye de Clairvaux rencontra un tel succès que cent soixante-trois monastères de l'ordre apparurent dans toute l'Europe. C'est à Clairvaux que Bernard, encore tout jeune abbé, entama la rédaction de ses écrits spirituels et une série de prêches sur l'Annonciation. Il y exaltait les vertus de la Vierge Marie en insistant sur ses qualités de conciliatrice. Ses nombreux sermons mettent en lumière sa dévotion envers elle. Il prétend même avoir reçu l'inspiration divine dans son enfance, en tétant trois gouttes de lait tombées de la poitrine d'une statue de la Vierge noire de Châtillon, expérience qui explique son attachement partlculier au culte de la Vierge noire. Bernard écrivit près de quatre-vingt-dix sermons sur le Cantique des cantiques, dans l'Ancien Testament, dans lesquels il rapproche le personnage de la Fiancée, qui se décrit elle-même comme "noire, mais agréable", de Marie de Béthanie, autre nom utilisé à l'époque pour désigner Marie-Madeleine. Saint Bernard entretenait aussi des relations avec les chevaliers du Temple. Il devint le principal avocat du mouvement quand il fut question de leur accorder le statut d'ordre militaire et religieux. Ses liens avec les Templiers étaient encore plus profonds: il a contribué à la rédaction. du serment que chaque chevalier devait prononcer en entrant dans la confrérie. Ce serment aussi appelé la règle du Temple, exhortait les chevaliers à "l'obéissance envers Béthanie, le château de Marie et Marthe". Grâce à sa réputation et à sa copieuse production littéraire, l'influence et l'autorité de saint Bernard augmentèrent graduellement en dehors de Clairvaux. En 1130, on réclama sa médiation pour tenter de résoudre le schisme qui menaçait la stabilité et la cohérence de l'Église. À la mort du pape Honorius II, deux papes avaient été élus par des factions rivales de cardinaux : Anaclet II et Innocent. II. La désignation du meilleur candidat échut à Bernard. Après réflexion, il statua en faveur d'Innocent II, lequel était venu se réfugier en France. . Avec son enthousiasme habituel, saint Bernard put convaincre la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne d'accepter Innocent II comme leur pape. Finalement, il réussit même à persuader l'empereur Lothaire III, et Anaclet Il fut chassé de Rome. Saint Bernard est aussi connu pour ses attaques contre Pierre Abélard, un "intellectuel" d'une grande influence, aux discours souvent considérés comme hérétiques, et dont il provoqua la ruine. Il condamna Abélard avec ténacité en ne lui laissant aucun répit, même après la tentative de réconciliation organisée par l'abbé Pierre le Vénérable. Cet affrontement brisa Abélard. Bernard détestait toutes les formes d'hérésie, se battit longuement et férocement contre toutes sortes d'hérétiques, notamment les cathares. Bernard prêcha la deuxième croisade au nom du pape Eugène II, et nombreux furent ceux qu'il persuada de prendre les armes. Or la deuxième croisade fut un terrible échec et le blâme retomba sur lui, que tous considéraient comme l'instigateur de cette guerre sainte. Saint Bernard menait chacune de ses entreprises sans réserve, avec enthousiasme. Cela lui donna la réputation d'être injurieux, insidieux, belliqueux, agressif, sournois et, malgré sa dévotion manifeste envers la Vierge, misogyne. Il mourut le 20 août 1153 à Clairvaux, et fut canonisé le 18 janvier 1174 par le pape Alexandre III. Au cours de sa vie, il rédigea dix traités spirituels, plus de trois cents sermons, et on a retrouvé cinq cents lettres de sa main. Il est le saint patron des abeilles, des apiculteurs, des fabricants de bougies, des vendeurs de matériel maritime, des raffineurs et des fondeurs de cire. Pour un homme aussi éloquent, sa définition de Dieu tenait en des termes fort séculiers: "La longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur". Il semble ici faire allusion à l'idée que Dieu est compris dans la divine harmonie des nombres, par exemple dans les mystérieuses propriétés du Nombre d'Or.