Le fait que l'Église chrétienne ait écrasé de prétendues sectes et hérésies est abondamment mentionné dans le Da Vinci Code. Les cathares en font partie, et ils jouent un rôle essentiel dans les théories avancées par L'Énigme sacrée, ouvrage qui a servi de base à l'intrigue du roman de Brown.
L'histoire des cathares puis la répression brutale dont ils ont été victimes sont l'un des fondements principaux du mystère central qui étaye le Da Vinci Code. Les cathares croyaient au mariage de Jésus et de Marie-Madeleine, ce qui a largement contribué à leur chute. Les cathares, membres d'une secte chrétienne, connue aussi sous le nom d'Albigeois, étaient très populaires vers le douzième et le treizième siècles dans la région du Languedoc et dans le nord de l'Italie. C'était une ramificationd'urie secte hérétique des Balkans, les Bogomiles, dont l'existence remonte au milieu du dixième siècle. Au troisième concile du Latran, le pape dénonçe publiquement l'Église cathare. Le nom "cathare" viendrait soit du grec katharos, qui signifie "pur/purifié", soit de l'allemand ketter, qui signifie "hérétique". Tout en étant jugés hérétiques par l'Église catholique, les cathares se considéraient comme de vrais chrétiens, et s'appelaient "chrétiens" ou "bonshommes". Le principal bastion des cathares se trouvait en Languedoc, qui était à l'époque une région indépendante et prospère. Parmi la noblesse locale, nombreux étaient les sympathisants de la foi cathare, voire les pratiquants. Grâce à leur pacifisme, les cathares n'inspiraient aucune crainte aux seigneurs du Languedoc, et leur objectif, qui se résumait à mener une existence simple, pure et paisible, attirait beaucoup de nouveaux convertis. Mais les cathares finirent par devenir odieux aux yeux de l'Église catholique. Ils refusaient en effet de reconnaître l'autorité du pape. Ils estimaient que la croix symbolisait le mal, la torture et la mort, et désapprouvaient le trafic des reliques, commerce fort lucratif pour l'Église à cette époque. Le pape avait même envoyé des missionnaires en Languedoc, dont Bernard de Clairvaux, pour ramener les cathares au sein de la véritable Église, mais tous avaient échoué. À cause de la disparition de la plupart de leurs documents, l'information sur l'histoire des cathares, leur évolution et leurs croyances, est rare. Ce qui reste vient de rapports et de dépositions rédigés par ou pour l'Inquisition, on peut donc douter de l'impartialité des sources. Néanmoins, nous savons que la religion cathare reposait sur un dogme, le dualisme: en d'autres termes, l'existence de deux principes opposés et égaux, Dieu et le diable, le Bien et le Mal, la lumière et l'obscurité. Le paradis était un royaume spirituel, pur et vertueux. Le monde physique et matériel était mauvais et corrompu. Donc l'âme pure et immuable, qui appartenait à Dieu, se trouvait prisonnière d'un corps mauvais et corrompu, qui appartenait au diable. Seul le détachement du monde matériel permettait de libérer l'âme et de la restituer à Dieu. Pour y parvenir, il fallait observer une existence de pureté absolue, s'abstenir de se livrer au mal représenté par la chair et le monde matériel. Pour les cathares, puisque la chair était du côté du mal, le Christ n'aurait pu en aucun cas naître de la Vierge Marie: bien qu'immaculée, cette dernière restait une femme réelle. Dès lors, la figure de l'Imma- culée Conception devenait forcément une invention symbolique: le Christ, esprit pur et désincarné, se serait "projeté" dans la Vierge Marie. Les cathares rejetaient également la Crucifixion et la Résurrection du Christ, parce que, s'il n'avait pas eu un corps physique, rien de tout cela n'aurait pu arriver. De la même manière, ils ne croyaient pas en la transsubstantiation (pain et vin de l'Eucharistie devenant corps et sang du Christ), ni en l'existence du purgatoire, l'efficacité des prières et la vénération des images. Ils refusaient l'existence de la sainte Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), voyaient en Jean-Baptiste un instrument du diable envoyé sur Terre pour usurper la mission de salut du Christ, et en Marie-Madeleine la femme du Christ. étant un pur esprit, mais habitant un corps corrompu ce dernier pouvait se marier. Les cathares rejetaient les sacrements catholiques (baptême, communion, confirmation, ordination, pénitence, extrême-onction et mariage) et recevaient le consolamentum, ou consolement, qui rend l'âme à son état de perfection. Tous ceux qui recevaient le consolamentum étaient appelés Perfecti, les parfaits. À partir de ce moment, les Parfaits devaient conserver lem pureté intacte, éviter la corruption de la chair en s' abstenant de manger de la viande, de 'la volaille ou des œufs, en pratiquant le célibat et la chasteté. Les rigueur de l'existence des Parfaits étaient telles que les croyants ordinaires, les credentes, n'avaient pas à suivre de régime strict, pouvaient se marier et avoir des enfants. Les Perfecti se consacraient ,à atteindre la pureté eu menant une existence austère, monastique, ils, voyageaient par deux, prêchant et soignant les malades au cours de leurs déplacements. Juste avant leur mort, les credentes recevaient le consolamentum. À partir de ce moment, ils devenaient des Consolés et entraient dans l'état d'endure, où seule l'eau pouvait entrer en contact avec leurs lèvres. Comme ils se trouvaient dès lors eu état de grâce, aucune femme n'était autorisée à les toucher. Les femmes étaient considérées comme particulièrement impures à cause de leur supposée participation à la Chute, quand le diable avait détourné plusieurs âmes du paradis en les tentant par une beauté féminine. Cependant, elles étaient aussi considérées comme des égales et devenaient parfois des Perfecti. Mais aucun des Perfecti ne pouvait toucher une femme enceinte, à cause de la corruption découlant des rapports sexuels et parce que le fœtus passait pour une création du diable. Ceux qui mouraient sans recevoir le consolamentum voyaient leur âme condamnée à se réincarner dans l'enveloppe d'un animal ou d'un être humain jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans le corps d'un Bonhomme et puisse ainsi accéder à la perfection. Le martyre était aussi un moyen d'éviter la chaîne des réincarnations. Les cathares avaient même résolu de pardonner à leurs tourmenteurs, ce qui explique peut-être pourquoi des milliers de personnes étaient prêtes à sacrifier leur vie à leur foi. Les cathares n'acceptaient pas non plus le dogme du Jugement dernier et croyaient que le monde physique disparaîtrait quand toutes les âmes en seraient libérées. Outre le dualisme, le salut personnel faisait partie des croyances des cathares: même les gens ordinaires étaient encouragés à lire la Bible, surtout l'Évangile selon saint Jean, dans le Nouveau Testament, dont les vues ont été fondamentales dans l'établissement de la foi cathare. Le seul texte sacré qu'on puisse leur attribuer est le Nouveau Testament de Lyon en langue occitane : l'Évangile selon saint Jean enrichi de révélations dualistes. L'Eglise cathare était organisée en diocèses, avec des évêques, des diacres et des Parfaits. Les célébrations informelles se tenaiènt en plein air, dans des grottes ou chez des particuliers. En 1208, le pape Innocent III appelle à la croisade pour éliminer les cathares. Particulièrement sanglante et cruelle, la croisade des Albigeois, ainsi nommée d'après la ville cathare d'Albi, faucha des milliers de vies, chrétiens et cathares confondus. À cette époque, les cathares commencèrent à fortifier des sites, comme le château de Montségur, dans le sud du Languedoc, ancien lieu de méditation. Avec la croisade, Montségur devint un refuge : en 1243, le siège fut établi devant la forteresse; l'âpre terrain montagneux augmentait les difficultés des croisés. Après un siège de dix mois, pendant lequel de nombreux soldats se seraient convertis et auraient quitté les rangs des assiégeants pour rejoindre ceux des cathares, les assiégés renoncèrent fin février 1244. Les termes de la reddition leur accordaient quinze jours pour se préparer à leur sort. La veille du jour fatidique, quatre personnes s'échappèrent de Montségur par les pentes escarpées à l'arrière du château, emportant le trésor des cathares. Sa véritable nature n'a jamais été révélée et a fait l'objet de nombreux débats dans une multitude d'ouvrages. Plusieurs hypothèses ont été évoquées quant à ce qu'il pouvait contenir, le Saint-Graal, la légendaire "tête parlante" des Templiers, connue aussi sous le nom de Baphomet, d'importants objets rituels du culte cathare, des textes sacrés; ou, comme le suggèrent Lynn Picknett et Clive Prinçe dans La Révélation des Templiers, ce trésor aurait pu être les quatre cathares eux-mêmes. Le jour de la reddition, les deux cent cinq cathares qui restaient à Montségur furent conduits hors de la forteresse et descendirent la montagne en chantant, jusqu'à un champ où ils furent tous brûlés sur un bûcher. La croisade des Albigeois se prolongea pendant encore onze ans, jusqu'en 1255. L'Inquisition se chargea ensuite de débarrasser la région du catharisme, dont de petites poches de survivance existaient encore dans les Pyrénées. Les informations sur cette époque proviennent principalement des dépositions des habitants du petit village de Montaillou, questionnés par les inquisiteurs. En 1320, la plupart des chefs cathares avaient été brûlés comme hérétiques et le catharisme ne refit jamais surface.